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RGESN : passer de l’audit subi à l’éco-conception pilotée dès le premier jour

Comment dépasser les limites de l’audit RGESN en intégrant l’éco-conception au cœur des projets numériques publics. Une approche outillée, orientée standards de qualité, pour piloter la sobriété dès les premières décisions.

Depuis 2022, le RGESN – Référentiel Général d’Écoconception des Services Numériques s’impose progressivement comme un standard incontournable pour les services numériques publics. Publié par la DINUM et mise à jour régulièrement* (dernière release en 2024), il vise un objectif clair : réduire l’empreinte environnementale des services numériques tout au long de leur cycle de vie.

Le référentiel s’articule autour de plus de 70 critères, regroupés en grandes catégories :

  • Stratégie
  • Spécifications (conception fonctionnelle)
  • Architecture technique
  • UX / UI
  • Contenus
  • Frontend
  • Backend
  • Hébergement
  • Algorithmie

Sur le papier, la promesse est forte. Dans la pratique, le RGESN est le plus souvent abordé via une méthodologie d’audit : analyse documentaire, revue de code, inspection de l’infrastructure, entretiens avec les équipes… Un instantané du niveau de conformité à un moment donné.

Trois audits, un même constat

Chez Theodo GovTech, nous avons conduit des audits RGESN sur trois projets numériques publics distincts, à des stades de maturité variés. Les résultats ont été riches d’enseignements.

Sur chacun de ces projets, le diagnostic était clair :

  • des points de conformité solides,
  • des axes d’amélioration identifiés,
  • mais surtout une difficulté réelle à transformer les recommandations en actions concrètes.

Autrement dit : l’audit produisait de la valeur… mais trop tard dans la vie du projet.

Audit RGESN effectué sur le projet FLIP+ Library, pour le ministère de l’éducation nationale

Quand l’audit arrive après les décisions structurantes, c’est déjà trop tard

Le premier écueil est structurel. Un audit RGESN intervient presque toujours en aval de la production, une fois les choix d’architecture, d’hébergement ou d’outillage déjà actés.

Corriger a posteriori implique alors :

  • du refactoring applicatif,
  • des renégociations contractuelles,
  • voire des changements d’infrastructure lourds.

Les auditeurs ne sont pas nécessairement ceux qui peuvent agir. Dans un projet, par exemple, l’un des critères RGESN portait sur la localisation des serveurs. L’hébergement était situé en Belgique, alors que d’autres options européennes plus pertinentes existaient, en terme de localisation et d’intensité carbone de l’énergie produite. Problème : l’équipe Ops n’était plus mobilisée sur le projet. La recommandation était pertinente… mais inapplicable.

Seconde difficulté, le RGESN souffre de sa richesse : de nombreux critères, parfois redondants, qui rendent l’exercice long, coûteux et difficile à prioriser. Sur certains sujets (choix de prestataires, arbitrages budgétaires, exigences contractuelles), la main est côté client. Sans être présent au bon moment, il devient impossible de négocier ce qui compte vraiment.

Étapes dans la méthodologie agile. L’audit RGESN en tant que tel ne touche que la partie “Réviser”.

Une évidence s’est imposée : auditer ne suffit pas, il faut piloter.

C’est à partir de ce constat qu’un tournant s’est opéré :

👉 et si le RGESN n’était plus un audit de fin de parcours, mais un outil de pilotage au fil de l’eau ?

Plutôt que de vérifier après coup, nous avons choisi de guider les décisions au moment où elles se prennent :

  • d’un arbitrage produit,
  • lors d’un choix d’architecture,
  • d’une négociation d’hébergement.
  • ou de la définition d’une user story.

L’idée centrale : transformer les critères RGESN en guidelines opérationnelles, intégrées à chaque étape de la vie du projet.

Un guide d’éco-conception structuré en 5 phases, qui s’intègre naturellement au projet

Nous avons ainsi conçu un guide d’éco-conception RGESN-compatible, aligné avec nos pratiques agiles existantes, et structuré autour de 5 grandes phases :

  1. Avant-vente : anticiper les critères structurants dès la réponse à appel d’offres.
  2. Sprint zéro : poser les fondations techniques et fonctionnelles responsables.
  3. Monthly : revoir régulièrement les indicateurs et arbitrages structurants.
  4. Weekly : intégrer l’éco-conception dans les rituels d’équipe.
  5. Daily : appliquer les bonnes pratiques dans le code et les décisions quotidiennes.

Pour chaque action du guide, nous avons systématisé quatre éléments :

  • Pourquoi : l’intention environnementale derrière la règle.
  • Qui : un responsable clairement identifié (le développeur, le designer, le chef de projet, etc.).
  • Quoi : un résumé des bonnes pratiques.
  • Comment : une méthode d’implémentation concrète, directement actionnable.

L’enjeu est clé : responsabiliser la bonne personne, au bon moment.

Pour rendre les critères RGESN applicables sur le terrain, nous les avons traduits en standards de qualité. Chaque standard formalise une règle claire et vérifiable, appliquée au moment où la décision est prise, plutôt que contrôlée a posteriori. L’éco-conception devient ainsi un réflexe de développement, au même titre que la sécurité ou la performance.

Du référentiel à l’outil de pilotage projet

Étapes dans la méthodologie agile. Avec le guide d’éco-conception, on a un impact sur plusieurs phases clés.

Ce guide n’est pas un document de plus. C’est un outil vivant, utilisé dès le démarrage du projet :

  • intégré aux critères de validation,
  • pris en compte dans les choix d’architecture,
  • revisité lors des revues hebdomadaires avec le client.

Peu d’acteurs intègrent aujourd’hui le RGESN à un niveau aussi opérationnel dans le delivery : chaque projet se voit attribuer un responsable éco-conception, garant du respect des règles et chargé de réaliser des audits réguliers et légers, tout au long du cycle de vie.

Cette approche est actuellement testée sur des projets pilotes, notamment sur la plateforme FLIP+ library, qui permet aux enseignants du monde entier de partager et co-construire des évaluations pour tous les niveaux du primaire au lycée. Les premiers retours sont très encourageants : moins de dette technique, plus de décisions éclairées, et une appropriation réelle par les équipes.

👉 En conclusion

le RGESN ne doit pas être vécu comme une contrainte ou un audit anxiogène de fin de projet. Cette approche ouvre la voie à une nouvelle manière de piloter les projets numériques publics. En intégrant le RGESN au cœur des décisions, il devient un levier de qualité, de performance et de responsabilité, au service de produits numériques durables.


Merci à Simon Cloître sa contribution à la rédaction de cet article. 

* : Journal des modifications, ecoresponsable.numerique.gouv.fr, mai 2024

Last modification:
1.27.2026
28.01.2026
Auteur(s) :
Anaïs Schlienger
Tech Lead
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